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Une Française accusée de rapts au Mexique

LE MONDE | 01.02.06 | 12h55  •  Mis à jour le 01.02.06 | 12h55

L'avocat d'une Française incarcérée au Mexique, accusée d'avoir participé à des séquestrations, a bon espoir de démontrer l'innocence de sa cliente et compte demander sa mise en liberté lors de la première entrevue de la défense avec le procureur, jeudi 2 février. Florence Cassez, 31 ans, originaire du Pas-de-Calais, se trouve depuis le 9 décembre 2005 en détention préventive à Mexico. Elle est soupçonnée de délits relevant des autorités fédérales, dont l'"appartenance au crime organisé", passible de vingt à cinquante ans de prison. Sa famille la dit victime d'une machination.

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"Florence est plus optimiste, déclare son avocat mexicain, Jorge Armando Ochoa Orantes. Et moi aussi, je crois qu'elle a des éléments solides pour se défendre." Selon la loi mexicaine, le ministère public n'a pas à apporter la preuve formelle de ses accusations ; un faisceau d'indices suffit. Le procureur peut aussi prolonger la détention provisoire, jusqu'à six mois après l'arrestation, pour continuer l'enquête.

Le visage de la jeune femme, aux côtés de son ancien fiancé Israel Vallarta Cisneros, 35 ans, soupçonné d'être le chef de la bande dite du Zodiaque, a fait la "une" des journaux mexicains, fin 2005, avec des titres tels que "Séquestrations à la française". Des chaînes de télévision avaient pu opportunément filmer en direct, le 9 décembre, l'arrestation des deux suspects par les agents de l'Agence fédérale d'investigation, l'AFI, et la libération de trois personnes retenues depuis des semaines dans un ranch situé à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale, sur la route de Cuernavaca. Israel Vallarta Cisneros a avoué sa participation à des séquestrations. Six victimes ont identifié sa voix et son visage. Florence Cassez assure qu'elle s'était séparée de son compagnon sans se douter de ses activités criminelles, et avait déménagé du ranch après avoir trouvé un emploi dans un grand hôtel de Mexico.

L'une des trois personnes libérées, un jeune homme prénommé Ezequiel, a accusé la Française, lors d'un entretien télévisé, d'avoir fait partie de ses bourreaux : elle lui aurait injecté un anesthésique dans l'intention de lui mutiler un doigt, afin de faire pression sur ses parents, rapporte le tabloïd Impacto. La pratique est courante lorsque les malfaiteurs n'obtiennent pas assez vite la rançon désirée.

Le 19 janvier, le quotidien Reforma publiait un autre témoignage accablant Florence Cassez : Cristina, jadis séquestrée dans le ranch avec son fils de 11 ans, affirme avoir reconnu la voix et "l'accent français" de la jeune femme. Le 9 décembre, elle avait déclaré l'inverse à la police. "C'est cette déposition, dont nous avons copie, qui est légalement valable", souligne Me Ochoa. Selon lui, la victime a changé d'attitude sous la pression des autorités, qui auraient "offert" à Florence Cassez une extradition si elle acceptait de charger son ex-fiancé.

La famille de la jeune femme défend la thèse d'une "machination" à laquelle certains médias "manipulés" prêteraient leur concours. Son frère Sébastien Cassez, entrepreneur installé depuis huit ans au Mexique, voit dans cette affaire la vengeance d'un ancien associé influent dans le pays, avec lequel il a un contentieux commercial. Lui et sa femme, mexicaine, seraient la cible de menaces de mort depuis décembre 2004.

En 2005, avec quelque 300 séquestrations déclarées (sans compter les "enlèvements express" où la victime est forcée de retirer de l'argent liquide d'une billetterie automatique), le Mexique a dépassé la Colombie pour ce type de criminalité. Une ancienne victime, l'actrice Laura Zapata, a tiré de son expérience une pièce de théâtre. Mais les malfaiteurs se détournent des entrepreneurs fortunés ou des vedettes du spectacle, protégés par des gardes du corps, pour choisir leurs proies au hasard : il suffit souvent, pour être enlevé, d'étudier dans une "bonne" université ou de conduire une "belle" voiture.

Joëlle Stolz