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FLORENCE CASSEZ - Une affaire derrière l’affaire ?
Communication active auprès des médias français, pétition en ligne, appel aux autorités… L’entourage de Florence Cassez, arrêtée pour kidnapping le 9 décembre dernier, multiplie les actions pour lui venir en aide. Son frère Sébastien, au Mexique depuis huit ans, explique au petitjournal.com les raisons de cette mobilisation
Lepetitjournal.com : Après être restés silencieux pendant quelques semaines, vous et votre famille avez décidé de sortir de votre réserve dans l’affaire qui met en cause votre sœur. Pourquoi ?
Sébastien Cassez : Quand l’affaire a éclaté, tout le monde nous a dit “restez discrets”. Nos avocats eux-mêmes nous ont conseillé d’être prudents, l’affaire étant délicate. Mais quand nous avons vu la tournure que prenaient les événements, nous avons décidé de changer de stratégie. Nous cherchons aujourd’hui à avoir une visibilité dans les médias français ; nous avons par exemple reçu TF1 pour un reportage dans l’émission dominicale Sept à huit... Car si tout le monde connaît l’histoire de Florence, personne ne la comprend. Les policiers et les médias mexicains proposent une version, Florence une autre : les gens se demandent pourquoi. Or nous, le "pourquoi", on le connaît.
LPJ : Vos parents ont parlé d’une "machination"…
S.C : Effectivement. Mais pour le comprendre, il faut revenir sur certains détails… Quand je suis arrivé à Mexico, voilà huit ans, j’ai commencé par travailler dans une entreprise de distribution d’équipements paramédicaux. Un jour, j’ai été contacté par le responsable de l’une des marques qu’on représentait. Elle appartenait à un groupe israélien présent dans de nombreux secteurs au Mexique, dont celui de la sécurité. Ils m’ont proposé d’ouvrir une filiale ici pour développer leur branche "esthétique". J’ai accepté et nous nous sommes associés. Cela n’a duré que deux ans. J’étais mal payé, on ne me versait pas tous mes dividendes… J’ai donc fini par donner ma démission, pour créer ma propre entreprise. Et j’ai annoncé à mon associé que je souhaitais revendre mes actions.
LPJ : A-t-il accepté ?
S.C : Oui, mais on n’est jamais tombé d’accord sur le prix. Je lui ai donc dit que je préférais rester actionnaire de la compagnie, ce à quoi il s’est opposé. Pour régler notre différent, nous avons essayé de trouver un accord pour que nous distribuions mutuellement nos équipements dans nos sociétés. Mais la première machine qu’il m’a vendue ne fonctionnait pas. Comme il refusait de la faire réparer, j’ai décidé de prendre un avocat pour faire valoir mes droits. Peu de temps après, le 21 décembre 2004, nous avons reçu des menaces de mort et de kidnapping sur nos enfants, par téléphone. Il nous a dit : “Vous avez de la chance que je ne sois pas au Mexique en ce moment, sinon je serais chez toi en train de tirer sur vos têtes. Fais attention, car tu ne sais pas qui je suis. Avec un doigt, je bouge tout le Mexique”… Dès le lendemain, nous avons fait une déposition au ministère public. Suite à cela, il nous a attaqué en justice, via un dossier fabriqué de toutes pièces, en nous accusant de lui avoir volé des équipements.
LPJ : L’affaire est toujours en cours ?
S.C : Oui. Tout au long de l‘année dernière, nous sommes allés apporter des éléments auprès du ministère public et de la délégation. Mais il a beaucoup de relations et nous avons constaté énormément d’irrégularités. Le jour de notre convocation, par exemple, quand nous sommes venus déposer nos documents, on nous a appris que le dossier était parti chez le juge, puis qu’il était perdu ! Il a fallu qu’on aille déposer une plainte auprès de la Commission nationale des droits de l’homme et qu’on aille voir le secrétaire du procureur de la République pour qu’il soit subitement retrouvé !
LPJ : Selon vous, il y a donc un rapport entre cette affaire et l’arrestation de votre sœur ?
S.C : C’est très probable. Vous connaissez l’histoire : Florence arrêtée lors d’un grand show médiatique ; la télé, lors de l’intervention, qui fait des gros plans sur les cartes de visite de mon entreprise… alors qu’elle ne travaillait plus avec nous depuis un an et demi ! Rapidement, on a eu des soupçons, qui ont été confirmés par la suite. Si vous reprenez tous les articles publiés dans la presse mexicaine, en effet, on parle toujours de Florence... Jamais de son compagnon Israël Vallarta ou de ses "associés" !
LPJ : N’est-ce pas tout simplement le fait que votre sœur soit étrangère qui a conduit à la placer sous les feux des projecteurs ?
S.C : Non, car ce n’est pas seulement Florence qui est mise en cause. Certains journaux se sont empressés de parler du voyage de mes parents au Mexique l’été dernier, ou même de mon beau-père, même si cela n’a rien à voir ! Pour moi, l’arrestation de Florence est dirigée contre nous. Leur technique, c’est d’utiliser la presse pour détruire mon entreprise et me faire du tort.
LPJ : Vous êtes donc désormais convaincus de l’innocence de votre sœur…
S.B : A 99%, oui. Il y a beaucoup d’incohérences dans cette affaire et les informations dont on dispose diffèrent énormément de celles qui ont été publiées dans la presse. Or on sait qui est derrière tout cela. On sait également que cet homme a de nombreux contacts, dans la police et dans les médias, et qu’il est dangereux. Malheureusement, on ne dispose que d’éléments mais pas de preuves.
LPJ : Avez-vous eu des contacts avec votre sœur depuis son arrestation ?
S.B : Non. Elle appelle ma mère en PCV et ma mère enregistre leurs conversations. Un policier, apparemment, lui a dit : "Si ton frère vient te voir, cela nous arrange, car nous avons des comptes a regler avec lui". Du coup, je pense qu’il vaut mieux que j’évite d’y aller, car ça pourrait se retourner contre moi, comme un guet-apens.
LPJ : Avez-vous perdu confiance dans les autorités mexicaines, et pensez-vous rester vivre ici une fois que l’affaire sera réglée ?
S.B : Une chose est sûre, on va les affronter. On a tout ici. Et puis j’ai encore confiance : on trouve ici des personnes qui veulent bien faire les choses… Même si, sous la pression, ces dernières peuvent être amenées à se taire. Propos recueillis par C.V et V.B. (LPJ) 26 janvier 2006